Développer la communication « dématérialisée, à potentiel illimité » en prenant appui sur la communication radiophonique local
Assises des Territoires Ruraux
Contribution au débat
Objectif :
• Renforcer la communication sociale et d’intérêt public sur les territoires ruraux
Idée :
• Développer la communication « dématérialisée, à potentiel illimité » en prenant appui sur la communication radiophonique locale
Auteur : Eric Lucas
Structure : Fréquence-Sillé, radio locale associative rurale
Adresse : Route de Mont-Saint-Jean 72140 Sillé le Guillaume
Fonction : Président
Autre fonction sur le Territoire : membre du bureau du conseil de développement du Pays de Haute Sarthe (président de 2001 à 2004)
Thématique abordée :
• Faciliter la vie quotidienne des populations
Objectif de la réflexion sur ce thème :
• Renforcer la cohésion sociale et territoriale
• Développer de nouveaux « services au public » ou penser de nouvelles formes pour ces « services au public »
Domaine du service :
• Communication : renforcer la communication sociale et d’intérêt public sur les territoires
Constats :
• L’éparpillement géographique et donc l’éloignement entre acteurs rend complexe leur réunion physique
• L’absence de facilités de transports autres qu’individuels, en transversalité par rapport aux axes conduisant au chef-lieu de département, complique le déplacement pour ceux qui sont dépourvus de ces moyens individuels (jeunes, personnes âgées, personnes à mobilité réduite…)
• Ces déplacements automobiles ne sont pas non plus un modèle dans une logique de développement durable.
• Les populations de plus en plus nombreuses dont les activités professionnelles impliquent des mobilités « résidence-travail » voient leur temps potentiel de vie sociale locale réduite par ce temps de transport
• Le croisement de contraintes multiples dans les cellules familiales crée des interdépendances réductrices d’autonomie choisie
• Le tissu associatif en espace rural est à la fois dense mais aussi éclaté et souvent dans une logique de repli sur son micro-territoire.
• Ces quelques circonstances expliquent en partie pourquoi il est régulièrement constaté dans la vie associative ou dans la recherche de démarches participatives territoriales, l’insuffisance de participation ou d’implication, dès lors qu’il s’agit de réunir physiquement des acteurs au-delà de l’espace communal.
• Souvent, au lieu de prendre ces données en considération, les organisateurs, n’hésitent pas battre leur coulpe et se convainquant qu’ils n’ont sans doute pas assez communiqué en amont
• Après se pose à eux le problème de savoir comment ils vont communiquer en aval pour faire connaître à leurs pairs ou au grand public, leurs idées, leur travaux, leurs animations, leurs propositions…
• Dés lors se pose le problème des supports : la multiplication de supports écrits, pas toujours diffusés où il faudrait, pas toujours vraiment lus, au coût budgétaire et environnemental lourd, s’impose comme une solution « évidente ».
Conséquences :
• Sauf effort très particulier, sont donc presque exclues de l’opportunité de s’impliquer dans des débats ou d’être informées, les personnes :
o Ne disposant pas de moyen de transport autonome (ex : les jeunes, les handicapés..)
o Ne pouvant utiliser ce moyen par difficulté de conduite (ex : personnes âgées, à vision nocturne difficile, etc…)
o Ayant des contraintes familiales (mères et pères de famille, parent isolé…)
o A ressources modestes alors que le carburant devient une charge lourde.
o Dont la journée de travail est prolongée par un long trajet de « retour à la maison » comme disent les québécois.
o Et bien d’autres….
• Inversement, il ne faut pas s’étonner que les plus investis dans « la vie publique » soient plutôt des hommes, déchargés de responsabilités familiales, automobilistes, bénéficiant de ressources au moins convenables, portrait de synthèse qui conduit tout droit à l’âge moyen dépassant la quarantaine……
• Si cet état de fait marque les limites des débats publics, il n’est pas non plus innocent dans la difficulté, par exemple des associations, à renouveler leurs dirigeants et leurs membres.
Proposition :
Il est impossible de trouver un remède complet à cet état de fait. Par contre des modalités très simples particulièrement adaptées à l’espace rural, peuvent être mises en place pour faire que « si les personnes ne viennent pas dans les lieux de débats, ce soit le débat qui aille vers eux ».
La radio locale associative telle que définie par la Loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication peut apporter ce service :
Extrait Art 29 : « Le Conseil supérieur de l'audiovisuel veille, sur l'ensemble du territoire, à ce qu'une part suffisante des ressources en fréquences soit attribuée aux services édités par une association et accomplissant une mission de communication sociale de proximité, entendue comme le fait de favoriser les échanges entre les groupes sociaux et culturels, l'expression des différents courants socioculturels, le soutien au développement local, la protection de l'environnement ou la lutte contre l'exclusion. »
Dans ce cadre les radios associatives assurent déjà les services suivants et sont à disposition des citoyens pour les développer :
• Information sur la vie locale, sous forme de journaux, flashs, magazines thématiques
• Informations pratiques et de services
• Accès à l’expression publique pour les acteurs du territoire dans le respect de leur diversité
• Création de conditions d’échanges, de dialogues, de débats
• Valorisation des initiatives locales
• Promotion de la connaissance (culture, droits, art, patrimoine, environnement…)
• Promotion des valeurs citoyennes et humanistes
• Divertissement, accompagnement dans la vie quotidienne
Pourquoi, comment et avec quels avantages, la radio peut-elle apporter une contribution à l’élargissement du débat public ?
• Elle va partout par les ondes
• Le potentiel d’écoute est illimité soit par la FM, soit par Internet
• Elle peut être reçue sur tous supports et en toutes circonstances : chez soi, sur son tuner, son transistor, son ordinateur, en voiture sur l’autoradio, en extérieur sur son baladeur ou son transistor, en tout lieu public en amplifiant le son.
• Plusieurs personnes peuvent écouter ensemble
• Inversement l’intimité ou l’anonymat de l’auditeur est respecté
• Elle peut être écoutée simultanément aux actes ou situations de la vie dont on a dit précédemment qu’ils s’opposaient au déplacement pour des réunions :
o Elle est gratuite (à la réception), donc garantit l’égalité sans charge financière
o Elle est publique, par définition : elle va partout sur un rayon d’au moins 30 km
o On peut la « suivre » en vaquant aux activités familiales
o On peut la « suivre » sur le trajet « travail-résidence »
o On peut la « suivre » si on est bloqué à son domicile ou dans tout autre lieu
• Elle peut surtout être interactive: on peut l’écouter et en même temps intervenir sur l’antenne :
o La combinaison entre le téléphone (principe de salon de conférence téléphonique), l’internet et la régie du studio peut permettre à plusieurs interlocuteurs géographiquement éloignés de débattre.
o La capacité d’accueil d’intervenants est illimitée
o Tout intervenant dans l’impossibilité de se déplacer a accès à la parole
o Tout intervenant absent du territoire peut aussi suivre les échanges sur internet et intervenir comme s’il était à proximité.
o Pas besoin de prendre la voiture, de consommer du carburant, de passer du temps sur la route, de se dégager de ses obligations familiales, domestiques ou même professionnelles.
Particularité de ce concept par rapport aux émissions de radio traditionnelles :
• C’est une action structurée au service d’un « groupe » (par exemple un Pays, une fédération d’associations, un conseil de développement, une commission….)
• Elle est donc définie conjointement: le groupe précise l’objectif poursuivi, démontre la pertinence d’une large communication, assure avec l’animateur de la radio la conduite des débats, la radio choisit de mettre son antenne à disposition et assure la responsabilité technique et d’animation radiophonique de l’action.
• La responsabilité éditoriale est donc partagée
• Le groupe concerné mène une information en amont par toutes voies, dont voie de presse, invitant les citoyens à rejoindre le débat soit comme auditeur soit comme participant. La radio fait aussi la promotion de ce rendez-vous.
• C’est donc plus un rendez-vous à une « réunion dématérialisée » qu’à une émission de radio classique.
• Techniquement, la réalisation suppose un technicien, un standardiste, un animateur (on peut le dire aussi au féminin !) pour la partie radio, un coordinateur pour le groupe et quelques intervenants en studio pour répondre sur des aspects techniques ou apporter des points de vue particuliers.
• Les débats sont publics et l’enregistrement ou éventuellement la rediffusion peuvent permettre de démultiplier l’effet de communication. Les correspondants de presse peuvent avoir facilement accès à l’écoute du débat, pour en faire l’écho. De même le débat peut être mis en ligne, en téléchargement ou podcast sur le site de la radio ou du groupe.
• Le coût de réalisation est seulement celui du travail produit par la radio (temps du débat et ses à-côtés): économie de supports-papier, réduction des mobilités avec l’avantage écologique pour un rapport sur le public-cible incomparable avec une réunion classique.
Exemples possibles d’applications :
Sur le Pays de Haute-Sarthe, deux constats sur des préoccupations concrètes portées par le Conseil de Développement nous ont amené à imaginer cette idée :
1. La volonté de développer l’accès à l’expression des jeunes avec à terme un concept de Conseil de développement des jeunes. Un travail de réflexion impliquant les jeunes sur la problématique « Attentes de services pour la petite enfance et la jeunesse sur les Territoires ruraux » lors des débats sur l’Agenda 21 régional nous fait dire qu’il faudrait vraiment mettre en place des conditions pour leur expression et leur écoute. Nous butons sur les problèmes de l’autonomie de mobilité, des moyens pour assumer leur déplacement, des diversités extrêmes de disponibilité et pour les mineurs, de responsabilité. Il apparaît évident qu’un grand rendez-vous par les ondes sera beaucoup plus facilement fédérateur qu’une réunion en un point central…..même si le fait de se rencontrer physiquement apporte aussi ses avantages.
2. Une action est lancée en direction des associations du Territoire. Sur le Pays de Haute-Sarthe elles sont près de 800. Difficile de réunir des responsables associatifs. Difficile surtout de réunir les membres. Un programme d’information et de formation pour les responsables associatifs doit être lancé. Pour des personnes à l’agenda souvent déjà bien chargé, difficile de faire que tout le monde puisse se retrouver au même endroit au même moment. Là encore en réunissant en studio des « formateurs » et quelques représentants associatifs, des vraies sessions de formation interactive peuvent être réalisées….. et accessible de plus aux membres, peut-être futurs dirigeants…
Le concept fonctionne :
Notre radio l’a expérimenté lors de multiplexes entre écoles européennes sur 11 pays simultanément. Ce qui est possible à l’échelle internationale, avec des scolaires, en plusieurs langues, doit bien être possible à l’échelle d’un Pays, avec des adultes parlant la même langue. C’est une conviction !

