La réduction de la fracture numérique en milieu rural doit être une obligation réglementaire
Le 14 décembre dernier, dans les colonnes d'un quotidien régional, une sécrétaire d'Etat en visite en Ardèche déclarait : "il est temps de renouer avec les territoires délaissés". Cette déclaration sonnait alors comme un aveu de l'abandon des territoires ruraux depuis les 20 dernières années par les différents gouvernements qui se sont succédés. Alors que le législateur du siècle dernier avait garanti l'égal accès aux services publics pour tous les citoyens, quelque soit leur lieu de résidence, les gouvernants actuels se sont bien gardés d'honorer cet engagement pour les nouveaux services publics avec au premier plan l'accès au réseau internet et à ses nombreuses applications.
Au nom de la sacro-sainte rentabilité, quelques grands opérateurs ont su sifflé les sirènes d'un langage technologique d'avant garde pour envouter nombre d'élus ainsi persuadés du bien fondé de leur démarche. De cabinet d'audit en sociétés écran sans oublier nombre de consultants généreusement rémunérés pour leur sémentique au goût du jour, une trame technocratique s'est peu à peu construite sur des principes d'un nouveaux genre : Chercher le client exclusivement en milieu urbain là où la rentabilité est assurée quitte à abandonner sans la moindre considération tous les citoyens ruraux.
Quelle situation impensable il y a encore quelques années, que cette inégalité chronique entre le citoyen citadin éligible à tous les services internet au moindre prix et au meilleur de sa qualité et le citoyen rural contraint d'accepter un service médiocre pour un tarif bien plus onéreux au seul motif de ne pas "intéresser" ces nouveaux maîtres de la toile, avec le consentement des élus qui les ont mandatés.
A l'heure où l'internet à très haut débit est devenu un outil indispensable à tout projet de création ou de développement, les territoires ruraux en sont cruellement privés. Et lorsque s'annonce une perspective d'ouverture (exemple : le projet Ardèche Drôme Numérique et ses innombrables contradictions derrière lesquelles se cache un mastodonte du CAC 40), les étoiles qui ont réjoui les élus au moment de lancer le projet finissent rapidement pas s'éteindre pour laisser place à la désillusion. On annonce au départ 90 % de la population rurale couverte pour au final admettre qu'une part infime de particuliers pourront en bénéficier. Bien sûr, toute une série de subterfuges est pré-programmé pour permettre une répartie malhabile : accords avec d'autres opérateurs, éligibilité à (très) long terme du plus grand nombre, ... mais personne n'est dupe à présent. D'immenses travaux sont engagés, dont le contribuable assume la plus grande part, mais une part infime bénéficie finalement de ce service.
Il est temps de discipliner cette jungle de plus en plus sauvage par l'établissement de règles strictes qui obligent ces opérateurs à tenir un langage intelligible par tous et à garantir un égal accès de tous les citoyens à des services d'égale qualité. Il est urgent désormais d'injecter dans ces pratiques une forte dose de sens public. Les opérateurs doivent accepter le fait que leurs profits ne peuvent plus être dissociables de cette obligation d'équité entre citadins et ruraux. Dans un monde raisonné, il n'est pas angélique de penser que si un opérateur délégataire d'une mission de service public reçoit l'honneur d'assurer un service en ville, il doit être en mesure d'offrir ce même service à la campagne, comme cela fut le cas pour le téléphone ou encore la télévision. C'est sous cette condition non négociable (mise en place du fameux label dont certaines clauses allant dans ce sens ont curieusement disparu) que les termes de ces délégations doivent désormais être fixés. Ainsi, avec le soutien ferme et réglementé du législateur, les territoires ruraux pourront enfin bénéficier de la considération qui manque aujourd'hui si cruellement à leur développement.

